La dimension géo-stratégique de la région

                                                La dimension géo-stratégique de la région 

                                                                                                       Amor Belhedi                                                                                                       Faculté des Sciences Humaines & Sociales                                                                                                            Université de Tunis

Communication au Colloque International « Quelle régionalisation dans les pays du Maghreb? », 9-10 décembre 2013, Hôtel Diplomat, Tunis. Unité de Recherche Droit et Gouvernance, Faculté de Droit et des Sciences Politiques de Tunis). Direction Générales des Collectivités Locales (Ministère de l’Intérieur). Association Tunisienne des urbanistes (ATU)

« Si la région n’existait pas, il faudrait la créer »[1], cette citation exprime l’importance de la région dans la structuration spatiale et de la société. Autant, les trois siècles précédents ont donné la priorité à la consolidation et à l’émergence de l’Etat-Nation, autant la fin du XX et le XXIème sont l’apanage des régions[2].

            La question régionale est à la fois complexe et délicate. Elle est complexe dans la mesure où la région est ouverte et touche tous les aspects et les sphères de la vie (démographique, sociale, économique, politique…) ce qui pose un problème d’analyse, de limite et d’action. Elle est délicate, parce qu’elle est d’ordre politique avant d’être économique, une affaire de gestion administrative ou un simple découpage spatial.

            Nous traiterons ici, de la dimension géographique et stratégique de la région et de la régionalisation, dans une perspective du développement et de l’aménagement territorial durables.

 I – La région : concept et fondements

             La région a fait couler autant d’encre mais elle a souvent perdu l’ancre en s’arrimant à divers rivages. On pourrait distinguer deux faits majeurs : la région est une construction et une échelle spatiale qui a ses fondements.

 1-La région comme échelle et construction

             La région, constitue une entité géographique individualisée mais ouverte qui constitue, à la fois, une échelle géographique et une construction physico-humaine.

 1.1-La région comme échelle géographique : l’échelle infranationale

Les rapports à l’espace se font à différentes échelles dont on peut citer au moins cinq[3] avec leurs fondements (Herin 1984) :
– locale : elle relève du quotidien (résidence, travail) où la proximité est centrale.
– sous-régionale : l’échelle des pratiques commerciales et familiales
– régionale : le binôme nature-histoire, le rayonnement économique de la ville sont essentiels
– nationale : l’entité politique par excellence : décisions.
– supranationale : les flux de capitaux, des biens et des populations.

La région constitue toujours l’échelle spatiale infranationale, quelque soit le nombre ou la taille des mailles et du pays, la Tunisie entière ne représente qu’une petite région pour certains pays comme la Chine ou l’Inde, sa population n’atteint pas celle d’une grande métropole.

1.2- La région comme construction socio-spatiale

            La région est une entité géographique infranationale individualisée, par la nature, l’histoire ou le rayonnement d’une ville… Dans tous les cas, la région est une construction passée naturelle-historique, elle est aussi un construit actuel dans la mesure où elle est produit des politiques actuelles.

La région est un espace est à la fois matériel et idéel (Lussault M, 2002). Elle est une étendue spatiale matérielle individualisée par la nature et l’histoire, elle est aussi une construction sociale, idéelle du temps présent, produite par le système de pouvoir en place. Le Sahel ou le Cap Bon, par exemple, existe bel et bien physiquement mais il existe surtout en fonction de l’idée qu’on s’est faite et qu’on se fait de lui. On estime qu’une génération est nécessaire pour créer une région.

            Lorsqu’elle n’existe pas, la région est créée par le pouvoir central même comme relais et mode de gestion spatiale du pouvoir et de redistribution socio-économique. Dans ces cas, la question régionale est souvent posée en termes nationaux. Elle se trouve réduite à un problème d’optimisation de localisation des activités économiques, à un souci sociopolitique permettant d’alléger la pression dans les régions en crise.

            La régionalisation s’appuie sur plusieurs fondements d’une manière totale ou partielle, qui peuvent être réunis à la fois ou séparément.

2 – Les fondements de la régionalisation

Différents paradigmes se trouvent derrière le concept de région et à l’origine de la régionalisation. On pourrait citer l’homogénéité, la fonctionnalité, l’opérationnalité, la dimension politique ou affective.

2.1- La région homogène : ce qui en commun unit

            La région est une entité homogène, individualisée par certains caractères marquants en commun, souvent d’ordre naturel ou culturel, qui la distinguent suffisamment des autres régions : relief, climat, ressource, histoire, ethnie, langue, culture, activité, un type d’occupation, une mentalité,… Souvent les données naturelles et historiques priment ici, la nature spécifie et l’histoire identifie, elles perpétuent les particularités donnant lieu à des combinaisons nature-culture là où le déterminisme naturel est important et l’histoire est trop prégnante, deux facteurs qui ont laissé progressivement de la place face à l’Etat, à l’acculturation et à la mondialisation. C’est une problématique qui était dominante mais se trouve un peu dépassée à l’ère actuelle où l’homme maîtrise plus qu’auparavant la nature. 

        En Tunisie, les données du milieu naturel définissent une trame orthogonale (N-S et E-O) donnant lieu à un gradient NE-SO qui détermine le découpage spatial en régions naturelles mais aussi historiques, voire administratives (Belhedi A 1992). Les aspects agricoles marquent fortement le maillage spatial selon les potentialités agricoles et l’occupation du sol. L’histoire y a contribué par un marquage régional à travers les systèmes agricoles pratiqués qui ne sont qu’une combinaison des aptitudes naturelles et des traditions culturales. Enfin, le découpage administratif a contribué relativement au marquage spatial de ces divisions en instituant un quadrillage spatial en échiquier (3×2, si on exclut la Capitale qui a un statut particulier) : Nord-Centre-Sud avec Est et Ouest. C’est le découpage qu’on trouve au début des années 1960 (Despois J, 1960) mais aussi au début des années 1980 (Sethom H et Kasab 1981)[4]. Le Rapport au VIe Congrès de l’UGTT (1956) était très clair, il y opposait le Sud au Nord plus nanti. Le clivage naturel et historique était surtout Nord-Sud, il va laisser progressivement la place à un clivage plutôt littoral-intérieur, fruit de la polarisation, de l’extraversion et des choix politiques.  

L’homogénéité n’est pas toujours limitée aux données de la nature ou de l’histoire, elle peut provenir aussi par extension d’un caractère dominant dans une région comme la présence d’une vie politique particulière, une identification collective ou une problématique de développement (cf. infra) ou la présence d’une activité donnée, la polarisation de l’espace par une ville ce qui lui donne un caractère fonctionnel.

2.2- La région fonctionnelle : ce qui relie, l’économie actuelle

            La région fonctionnelle est une entité diversifiée, intégrée et polarisée par un centre régional. Elle se fonde plutôt sur l’économie, sur l’échange où les liens endogènes sont plus intenses que les liens exogènes. La polarisation découle de la généralisation des rapports marchands, elle implique la hiérarchisation, la dissymétrie et la centralité selon le principe du lien préférentiel asymétrique entre les parties et le centre.

La fonctionnalité suppose quatre conditions au moins : une métropole régionale, un système urbain étoffé et hiérarchisé voire un réseau urbain[5], une diversité requise et une intégration interne à la fois. Le maillage spatial s’appuie sur les réseaux et les flux d’échange et de circulation, les liens fonctionnels et les champs spatiaux créés et organisés autour des foyers de décision. La région polarisée exprime plus particulièrement le fonctionnement économique actuel de l’espace national et la plus ou moins polarisation spatiale[6]. Dans la plupart des pays, la polarisation spatiale n’est ni totale, ni achevée. De vastes espaces demeurent peu ou non polarisés, voire fragmentés et commandés de l’extérieur.

►        L’espace tunisien est organisé selon un schéma centré en auréoles (Belhedi A 1992). Les régions nodales concernent Tunis, Sfax, Sousse-Monastir et Gabès, les zones d’épaulement intéressent le Sud-Est notamment Jerba-Zarzis, le Nord-Est en particulier le Cap Bon et le Sahel de Bizerte voire le Kairouanais. Les zones dépressives couvrent l’Ouest tandis que les espaces pionniers englobent les oasis, les centres miniers ou l’extrême Nord-Ouest avec des zones spécifiques (zones touristiques, espaces montagneux, zones forestières). Le cas extrême est la zone de Kasserine qui se trouve éclatée entre l’influence de Tunis, Sousse, Kairouan à l’Est et Gafsa au Sud.

Seule Tunis dispose d’un véritable réseau urbain, et constitue une région polarisée. Sfax et Sousse restent inachevée et incomplètes tant au niveau de la métropole que du réseau urbain.

L’évolution de la Tunisie indépendante s’est exprimée fondamentalement par la consolidation des centres littoraux et l’affinage de la Capitale avec le décrochage de l’intérieur (cf. Belhedi A). On verra plus en détail, ci-dessous, les enjeux.

 2.3 – Le découpage politico-administratif : le maillage du pouvoir

            La région constitue souvent le maillage principal du découpage territorial de l’Etat-nation dont la finalité est de relayer le centre dans l’encadrement territorial. L’impératif est éminemment politico-administratif, la régionalisation permet le quadrillage territorial. Dans ce cadre, la région est le découpage administratif primaire du pouvoir central regroupant les unités administratives Le développement régional se résume à un saupoudrage ou un partage consenti par l’Etat pour corriger la répartition, réguler l’économie ou désamorcer la tension socio-politique.

Dans d’autres cas, la région correspond à une véritable formation socio-spatiale (Di Méo G 1991) régionale qui exprime la volonté de la collectivité régionale, et constitue un contre-pouvoir réel. Dans les systèmes décentralisés ou fédéraux (Allemagne, USA, canada…), la région dispose d’une vie politique qui se définit par le pouvoir (économique, social, politique et institutionnel) qu’elle détienne, un pouvoir qui existe dans les interstices du pouvoir central qui le transcende et se trouve forcément lié à l’importance de la collectivité régionale.

La région, constitue une entité politique, détient le pouvoir de décision au niveau régional et possède une assise représentative. Toute vie politique a un centre de décision des acteurs concernés qui commande toutes les sphères de la vie régionale et dispose des moyens appropriés et suffisants que ce soit matériels (financiers) ou institutionnels avec évidemment tous les mécanismes de régulation et d’arbitrage des conflits au niveau national et local. En fait, la région politique, n’existe pas en dehors du pouvoir décisionnel qui la fonde. Le développement et l’aménagement sont l’émanation de la région avec, toutefois, la régulation requise au niveau du territoire national.

Le pouvoir régional définit l’entité spatio-politique régionale et lui permet de jouer le rôle d’un contre-pouvoir de nature à assurer la régulation socio-politique en place. Ce pouvoir régional ne tire sa signification que lorsqu’il est représentatif des populations régionales et implique les acteurs régionaux, ce qui pose le problème de l’ancrage territorial et de la représentativité, c’est à dire de la démocratie et de la géo-gouvernance. Entité politique, la région, constitue à la fois un pouvoir et un contre-pouvoir sans lequel elle n’existerait pas.

►        La Tunisie depuis son indépendance a été découpé en 13 pour atteindre le nombre de 24 gouvernorats[7]. Ce n’est qu’en 1963 que le conseil de gouvernorat a été créé. En 1989, le conseil régional de développement est institué mais sa représentativité est réduite à l’Etat-parti déchu en 2011, sa tâche se réduisait à la formulation des besoins ou à l’exécution de programmes dont la répartition est régionalisée, sans ressource, ni compétences propres.

Le découpage régional, a repris un peu le découpage traditionnel du pays, en lui enlevant la connotation physique ou historique, que ce soit au niveau des gouvernorats ou des régions. Le nouveau découpage a rompu avec le découpage colonial ou beylical dans le souci d’instaurer le lien ombilical avec le pouvoir central (Belhedi A 1989). Ce qu’il faut noter, c’est que le gouvernorat a pris le nom de son chef-lieu, on parle du gouvernorat de Nabeul, de Sousse, de Kébili… A un niveau supérieur, on parle plutôt du Nord-Est ou du Sud-Ouest, en évacuant même les noms traditionnels des terroirs classiques comme Khemir, Mogaod, Cap Bon, Nefzaoua ou Jerid [8], le Tell, le Sahel… Dans les deux cas, la région se trouve déterritorialisée pour réduire tout ancrage régional au profit du pouvoir central.

Le découpage régional varie, en fait, selon le service technique et à part les grands centres, la plupart des espaces se trouvent rattachés à des centres différents selon le service considéré (Belhedi A, 1992) ce qui brouille encore plus la visibilité   de rattachement et déclasse pas mal de centres.

Au long d’un demi-siècle, l’administration a fini par créer un découpage régional commode ; pour la gestion administrative, la production et l’utilisation des données ; qui bloque même toute tentative de remodelage spatial. Le découpage spatial politique est devenu une force d’inertie majeure qui bloque tout changement.

 2.4- La région comme espace d’ancrage et d’action des acteurs régionaux

            La région est aussi l’espace d’ancrage territorial de l’individu et du groupe social à travers son affectif, ses hauts lieux, sa symbolique, son identification et ses repères. La région est, à ce titre, ce qu’on croit l’être. La région est cet espace vécu de la collectivité territoriale qui dépasse le niveau local (A Reynaud). A ce niveau, le vécu, l’imaginaire et les pratiques des gens déterminent le contenu et les frontières des différentes régions d’un territoire.

            La région correspond à un espace identitaire et un espace d’action des acteurs régionaux comme les collectivités territoriales, les entreprises régionales, les systèmes de productions localisés (SPL), les élus, les associations… ; bref, tous les acteurs dont l’aire d’action intéresse une partie (les acteurs locaux) ou l’ensemble de la région.

La région permet un ancrage territorial de ces acteurs, elle leur sert de référence identitaire mais aussi d’objectif et d’avenir commun et de là d’un espace de projection. Le développement territorial de la région permet la mobilisation, la synergie, la référence et la projection dans le futur : bref la création du territoire régional comme un passé et un héritage, un cadre de vie actuel à améliorer et un devenir commun à concevoir et à réaliser. Or, on ne peut jamais se projeter pour l’avenir dans un espace qu’on ne s’approprie pas.

 Il en découle que les acteurs régionaux, les ressources et les compétences régionales constituent le fondement même du développement régional sans être, ni prétendre à en être le seul. Lorsque l’action régionale n’est pas maîtrisée et n’est pas initiée par les concernés, elle relève plutôt de la modernisation (subie ou acceptée) ou de la simple croissance et contribue inéluctablement à la dépendance de la région et à l’aliénation même de l’espace régional vis-à-vis du centre, si ce n’est pas de l’extérieur.

Le développement régional ne peut guère se faire sans cet ancrage territorial des acteurs régionaux, sans la participation de la population concernée et la mobilisation de la richesse régionale. Le territoire devient, lui-même, un facteur de production, et de là du développement tout court au même titre que les facteurs traditionnels de la théorie économique classique (capital, travail, terre). 

►        Une étude qu’on a menée en Tunisie, montre que l’identification régionale est fréquente dans les petites villes, elle l’est moins dans les grandes villes. Deux échelles se trouvent privilégiées : le local et le national ce qui exprime que le niveau régional a été souvent évacué, réduit dans l’imaginaire des gens. L’identification régionale traditionnelle reste par contre manifeste, souvent refoulée ; elle est souvent remplacée par le rattachement au gouvernorat qui surgit dans la réponse. L’espace de référence se rétrécit parallèlement à l’espace de vie (Belhedi A, 2006).

2.5 – La région Problème-Programme-Plan : les 3P, l’action au futur

            La région peut être conçue aussi comme un devenir commun qui exige un projet. La région est un véritable programme qui débouche sur un plan d’action en vue de résoudre un ou des problèmes bien déterminés. Les problèmes qui s’y posent sont tellement interdépendants qu’il est difficile de les dissocier, la région constitue le lieu de leur articulation et de leur dénouement à la fois. La région-programme transcende et englobe les types précédents de région, elle débouche sur l’action volontaire, coordonnée et programmée en vue d’une intégration spatiale ou d’un développement territorial intégré.

Le développement régional s’inscrit intégralement dans une problématique de développement et d’aménagement, orientée vers l’avenir. C’est l’action conjuguée au futur, la société et la région en projet.

►        En Tunisie et jusqu’à une date récente, l’action régionale a été plutôt hydroagricole (Offices de mise en valeur, Offices de développement), la régionalisation n’a été qu’un simple cadre spatial des données des divers plans de développement depuis les années 1980[9] ou de gestion administrative : directions régionales, base de déconcentration depuis la fin des années 1970 (Décentralisation industrielle, universitaire ou sanitaire….). C’est à partir du V Plan qu’on a adopté le partage régional du pays en six, ou sept régions[10].

            Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) de 1985, celui de 1998 ou de 2010 ont reproduit le schéma classique en damier, à quelques délégations près, avec une option pour l’équilibre régional destiné à retenir la population de chaque région sur place pour le premier[11] et l’ouverture et l’ancrage au système-monde pour le second et le dernier.

Le SNAT de 1998, a repris le même découpage pour l’analyse tout en privilégiant le clivage Est-Ouest, une Tunisie utile, métropolisée, ouverte et arrimée à l’économie-monde ; et une Tunisie inutile vouée à l’assistance que l’Etat devrait assurer derrière une ligne de partage du pays du Nord au Sud englobant le NO, le CO et le SO.

Dès les années 1980, un Commissariat Général au Développement Régional a été crée qui a procédé à l’élaboration d’une carte des crédits du PDR ensuite du PRDI et des PRD[12] parallèlement aux Offices de développement Régional pour l’Ouest et le Sud (ODS Sud, ODCO et ODSPNO[13]).

Il peut paraître un peu emblématique de relever que les trois SNAT ont été élaborés en pleine crise (1985, 1997-98, 2010) ce qui laisse les plans comme des vœux pieux à reprendre chaque fois, alors qu’on sait que l’aménagement ne s’accommode jamais de la crise qui ouvre plutôt la porte à la régulation et à la gestion de la crise et non à l’action transformatrice.

Les différents fondements examinés ci-dessus se complètent en fait et se relaient à des échelles différentes, l’action sans pouvoir régional renforce davantage la centralisation au niveau central dans la mesure où la région reste un simple support spatial d’encadrement territorial ou de légitimation du pouvoir politique, une clef de répartition des crédits ou un simple maillon d’exécution. La régionalisation doit tenir compte de toutes ces composantes. L’idéal est que la région corresponde à ces différents fondements réunis, mais pas forcément, au moins une doit être présente. L’état d’avancement n’est pas forcément le même le même pour toutes les régions dont la configuration répond souvent à un compromis spatial, historique et politique.

II – Problématiques de l’action régionale 

L’espace est devenu de plus en plus un « produit social » qui, relève de et, revendique l’intervention de l’homme. La problématique de la régionalisation se pose en termes de développement et d’aménagement régionaux, de démocratie locale et de rapport à la territorialité. On se limitera ici à celle du développement territorial.

1-Le concept de développement régional

Le développement un processus qui associe la croissance matérielle, le progrès et la transformation sociale permettant à une communauté de se prendre en charge et de s’autonomiser progressivement en se situant dans la durabilité. Et l’équilibre. C’est un stade supérieur à la croissance qui implique modernité, bien être et équilibre (Brunet R et al 1993, Lévy J et Lussault M, 2003).

La justice sociale passe par la justice spatiale (Reynaud 1981) permettant de réduire les inégalités territoriales à différentes échelles.

Le développement régional est là pour rappeler le rôle défaillant de l’Etat. Il se pose en termes de ressources, de compétences et de besoins régionaux pour initier des dynamiques globales. C’est une démarche politique qui implique la prise en charge, une pédagogie de négociation et une stature de citoyenneté active en évitant la démagogie (Lévy J et Lussault M, 2003).

L’investissement se trouve au cœur de la question, tous les indicateurs (niveau de dépense, revenu, scolarisation, santé, chômage….) sont liés à la densité de l’investissement (Belhedi A 1992). Comme l’essentiel de cet investissement demeure public, l’Etat détient un rôle central dans l’initiation du processus du développement régional et la correction des déséquilibres quelque soit la nature du système politique.

2 – Les objectifs

L’inégalité régionale reflète celle des hommes. La citoyenneté passe par quelques maîtres mots qu’on peut coupler deux à deux : équité et équilibre, efficacité et rationalité, solidarité et durabilité, territorialité et géogouvernance.

2.1 – L’équité et l’équilibre

L’équité entre les hommes passe par celle entre les régions, le développement régional permet d’atteindre cette équité territoriale. En ces termes, elle est un droit des collectivités territoriales démunies et fonde la citoyenneté. Le développement n’est pas un don, une charité, c’est un droit lié à l’appartenance commune au territoire national ? Le premier slogan de la Révolution (on semble l’avoir oublié, voire évacué) a été, bel et bien, le droit au développement. Le discours sur la scission est caricatural mais exprime bien le sentiment d’exclusion, l’excès qui relie les régions à l’Etat. Comment assurer cette équité sans tomber dans l’égalitarisme qui nivelle par le bas sans entamer les chances des régions dynamiques ? Comment rester au niveau du supportable et de l’acceptable par tous tout en assurant l’équilibre du territoire ?

Il s’agit d’avoir un équilibre spatial permettant d’assurer une répartition relativement équilibrée des ressources et des richesses répondant aux impératifs géopolitiques et permettant d’intégrer les différentes régions du territoire indépendamment de ce qui fasse tout autour dans la région. Il est clair qu’un territoire est d’autant moins fragile qu’il est relativement équilibré et vice versa. Comment assurer la meilleure répartition dans un territoire ?

            En réalité, ce qui constitue la règle dans le fonctionnement de tout système dynamique c’est plutôt le déséquilibre, l’équilibre n’est en définitive qu’un but vers lequel on tend, auquel on aspire et qui disparaît une fois atteint. Ceci s’applique évidemment à l’équilibre territorial souhaité et souvent érigé comme une finalité. Toute la question est d’avoir un déséquilibre acceptable et supportable par tous les acteurs et les régions mais pour cela, il faut un consensus national et une feuille de route claire ce qui exige un pouvoir démocratique.

            En outre, équité et équilibre vont de pair, dans la mesure où il ne peut y avoir d’équilibre des régions sans équité des hommes (et vice versa) à travers la citoyenneté qui constitue la pierre angulaire de la modernité (Belhedi A 2012).

2.2 – L’efficacité et la rationalité

L’efficacité globale d’un territoire passe par celles de ses régions qu’il s’agit d’utiliser de manière rationnelle permettant un développement durable. La sous-utilisation d’une partie du territoire est toujours préjudiciable à l’efficience de l’ensemble de la communauté. L’efficience est liée à la gestion rationnelle des ressources et de l’espace lui-même (devenu lui-même une source rare) et une conception rationnelle d’un territoire solidaire. Quelle est l’allocation optimale des hommes et des ressources, des infrastructures et des équipements ? L’optimisation par rapport à qui et à quoi ? 

2.3 – La solidarité et la durabilité

La solidarité s’impose du fait de l’appartenance et du devenir commun du territoire, qui est un espace dont les parties sont solidaires, en rupture avec le schéma où chaque partie vit (survit) en fonction de ses propres ressources comme cela a été prôné parfois. Les implications, sur la division territoriale du travail, la redistribution et la fiscalité locale, sont claires. Comment assurer cette solidarité sans freiner la dynamique des régions riches ?

La durabilité consiste à doter le pays d’une structure spatiale durable, de nature à permettre un cadre de vie vivable, une économie viable et une société équitable. Comment concevoir le territoire régionalisé de demain en sachant que la région de demain est déjà en place et qu’une génération est nécessaire pour pouvoir changer un système urbain ou modifier la structure d’une région ?

La durabilité va de pair avec le processus participatif et d’appropriation où l’individu est partenaire dans l’avenir commun et ne se limite guère à la simple participation.

2.4 – De la territorialité à la géogouvernance

La territorialité passe inéluctablement par l’appropriation de l’individu et de la communauté de leur espace et son organisation en vue d’un développement maîtrisé. L’objectif est alors de créer le lien ombilical avec le territoire régional sans lequel, il n’y a ni région, ni développement tout court. L’ancrage territorial (de l’individu, des acteurs, de l’entreprise, de la banque ou de la collectivité) est requis pour instaurer une dynamique cumulative et une synergie nécessaire à la (re-) production des territoires et à leur développement.

La géogouvernance (gouvernance territoriale) permet la participation active des citoyens à la gestion de leur territoire, capable d’absorber les crises et de faire face à la conjoncture spatiale environnante et aux responsables d’intervenir à temps dans la résolution des conflits. Comment faire que la chose publique soit l’affaire de tout le monde ? Comment modifier le rapport de chacun à l’espace ; la ville ou la région ?

III – Les principes de la régionalisation 

            La régionalisation doit répondre à un certain nombre de principes pour assurer l’efficience des entités régionales, la synergie et l’optimisation globale ; on peut en citer ici six :

1Une taille minimale

L’espace régional doit avoir une taille en mesure de permettre une économie diversifiée, une autonomisation régionale relative et une économie d’échelle[14].

Cette taille doit correspondre aussi à une combinaison de ressources et de potentialités, capable de créer des avantages comparatifs, assurer l’interaction indispensable à une vie régionale équilibrée et permettre la complexité requise qui favorise l’interdépendance, la créativité, la croissance et l’autonomisation.

            Il convient de créer des régions économiques regroupant une population de 1 à 3 millions d’habitants selon les cas selon la densité et la diversification économique.

2- Une diversité requise

Pour être viable, la région doit correspondre à une combinaison d’activités (agriculture, industrie, tourisme…) et d’espaces différents et inégalement développés pour permettre la synergie et l’intégration, économique et spatiale, à la fois. Il s’agit d’intégrer ensemble les espaces centraux, les espaces d’épaulement et les périphéries (Belhedi, 1992, Belhedi A & Lamine R 1979) de manière à créer à terme de véritables régions. Autant, la spécialisation est exigée au niveau local, autant au niveau régional, la diversité est impérative, on pourrait parler de spatio-diversité à l’instar de la bio-diversité d’un système écologique.

3L’Etat comme l’acteur central

L’Etat est central dans le développement régional et la formation même de la région à travers la décentralisation et la politique d’investissement capable de modifier le schéma. L’action motrice de développement ne peut être qu’exogène pour pouvoir infléchir les tendances lourdes. Il faut rompre avec le discours néo-libéral, longtemps défendu qui dit que « à chaque région selon ses ressources », discours qui va à l’encontre même du concept fédérateur de territoire ou de nation et laisse les espaces démunis de ressources à leur sort. Quel que soit la nature du système politique, l’Etat est incontournable pour initier la régionalisation et le développement régional, doter la région d’un pouvoir réel et de statut, d’outils et de ressources propres.

 Le transfert des pouvoirs et des moyens est incontournable pour permettre le processus progressif d’autonomisation tandis que l’organisation de l’espace reste indissociable du pouvoir de décision.

4Une économie liée à la matrice urbaine 

 Les centres urbains constituent toujours les foyers pulsateurs de l’économie régionale d’où la nécessité d’étoffer, de corriger et de restructurer les systèmes urbains qui véhiculent le changement et l’innovation. L’intégration spatiale passe par la hiérarchisation urbaine et l’encadrement territorial des petites villes et des campagnes. L’action sur le système urbain doit présider à celle des réseaux de circulation, afin de créer ou de réorienter les flux de toutes formes : biens, personnes, capitaux et informations.

            Pour cela, la région doit être dotée d’une métropole régionale comme centre pulsateur et d’encadrement capable de réorienter les flux et de fournir les services régionaux. Le concept d’organisation est inséparable de celui de polarisation et de centralité, de hiérarchisation et d’asymétrie. Ce centre peut être unique, bipolaire ou tripolaire là où la première ville est déficiente, les centres sont proches spatialement et/ou complémentaires économiquement. Quel que soit configuration, les noyaux urbains sont au centre de tout découpage et sont sujets de peu de changements contrairement aux marges où la souplesse est requise.

Tous les systèmes urbains régionaux sont déséquilibrés à part celui de la capitale qui dispose d’un véritable réseau urbain étoffé et hiérarchisé, commandé par une métropole régionale et nationale à la fois : Tunis. Le système urbain du Sahel est assez étoffé mais Sousse reste encore faible malgré les progrès réalisés ces dernières décennies (Belhedi A 2005). Certains systèmes urbains sont macrocéphales où la première ville centralise tout à côté de petites villes sous-équipées comme est le cas de Sfax ou Kairouan. D’autres manquent totalement de villes moyennes et de métropoles comme à Sidi Bouzid ou Kasserine (Belhedi A 1992, 2005).

5La mobilité géographique 

La mobilité constitue une condition d’intégration et de développement, de nature à assurer les ajustements nécessaires, d’où l’importance des réseaux de transports, de circulation et de communication au niveau inter et intra-régional à la fois. Le désenclavement, la connectivité et l’intégration des réseaux est une condition incontournable de la construction régionale. Cette action touche l’ensemble des régions mais elle se pose avec acuité dans les régions excentriques frontalières indépendamment de l’ouverture ou non des frontières.

            La connectivité des réseaux de circulation et de communication est incontournable avec l’intégration spatiale, elle permet le désenclavement et l’amélioration de l’accessibilité ce qui modifie la valeur des lieux et leur profitabilité d’une manière sélective. Dans les régions à développer, la mise en réseau doit anticiper le système productif et la vie de relation. Cette action est cependant risquée si elle n’est pas accompagnée par une intégration endogène des réseaux et une desserte des lieux ; le risque de profiter aux régions externes, bien placées, est grand.

            La mobilité de travail se fait en fonction du taux de chômage et du taux de rémunération ce qui explique la persistance de l’exode et du chômage urbain à la fois. Un seuil stabilisateur de l’exode existe à un niveau donné lorsque l’écart entre les espaces devient très faible. Pour arrêter ces flux déséquilibrants, il convient de créer les emplois sur les lieux mêmes, unifier le système de rémunération entre espaces et secteurs pour réduire les flux en faveur des zones privilégiées.

L’hémorragie déséquilibrante, au profit des espaces plus dynamiques littoraux, est à stopper par une action volontaire en créant les conditions requises de l’accumulation spatiale sur les lieux mêmes et en assurant une redistribution spatiale secondaire de nature à corriger la distribution primaire des facteurs de production à l’instar des mécanismes de redistribution économique.

6L’intégration régionale

L’intégration régionale, est double, elle s’opère selon deux modes : exogène et endogène.

L’intégration externe consiste à rattacher les espaces défavorisés aux espaces centraux de manière à ce que chaque région regroupe plusieurs types d’espaces de niveau de développement différents. Cette démarche permet une approche globale du développement et de l’aménagement où chaque problème n’est résolu que par rapport à d’autres espaces dans lesquels il prend souvent racine. Elle permet la complémentarité nationale et évite la création de petites entités sous forme d’isolats qui n’ont aucune base économique et ne correspondent qu’à un simple découpage administratif.

L’intégration interne consiste à impulser le développement à partir de pôles internes qu’il s’agit de créer ou de renforcer selon les cas et de connecter,ce qui permet de mobiliser les acteurs régionaux qui prennent en charge le développement régional.

Il s’agit de mettre en réseau les espaces limitrophes à chaque région de manière à asseoir une base productive réticulaire qui permet de travailler en réseau favorisant l’intégration locale (à l’intérieur de chaque région) et nationale à la fois sur la base de filières, de SPL, de bassins d’emploi et de réseaux de villes.

            Le découpage spatial se pose en termes de continuité et de rupture. Dans un souci d’efficacité et d’économie, la continuité privilégie toujours les lieux et les centres les mieux placés en terme de taille, de fonctions, d’équipement ou de position. La rupture nécessite la définition d’un projet sociétal de développement et un large consensus avec des objectifs bien définis.

7L’ancrage territorial des acteurs

La régionalisation implique l’ancrage territorial des acteurs dans la région qui constitue pour eux un espace de vie, un espace d’action au point de devenir un espace identitaire et un espace de projection future à la fois.

En plus des acteurs nationaux et locaux, ce sont les acteurs régionaux dont l’aire d’action correspond à la région qui se trouvent en jeu. Ces acteurs sont de trois catégories : les acteurs politiques, les acteurs économiques et les acteurs sociaux.

            Les acteurs régionaux correspondent aux institutions et aux entreprises qui prennent la région comme assise (production) ou finalité (marché, consommation, financement). Ils correspondent aux programmes d’ordre régional qui touchent une partie ou la totalité de la région. Ils correspondent aussi à l’espace vécu et à l’espace de vie d’ordre régional, construits par la connectivité du tissu socio-économique régional.

Le développement régional consiste, en plus de la croissance économique matérielle, de l’amélioration des conditions de vie, à créer la territorialité régionale comme un cadre de vie reproductible et un espace de projection qui relève plus de la fierté libératrice que de la fatalité emprisonnante.

►        La régionalisation de l’espace tunisien peut se faire qu’en limitant la macrocéphalie de Tunis. Elle pourrait se faire autour de quelques métropoles régionales dans une première phase (Tunis, Sfax et Sousse) avec le renforcement à terme d’autres centres notamment à l’Ouest (Gabès et Gafsa au Sud, Kasserine, Sidi Bouzid et Kairouan au Centre ; Kef, Bèja et Jendouba au Nord Ouest…). Les espaces médians (de Béja, Siliana, Sidi Bouzid ou Kébili…) assurent la transition entre l’Est et l’Ouest.

Il s’agit de permettre l’émergence de capitales régionales de l’emprise de Tunis en deux étapes, de s’autonomiser et de jouer le rôle de centres régionaux d’abord, et de capitales régionales par la suite.

Le problème n’est pas le découpage spatial en soi, le choix du ou des centres à promouvoir ou bien le nombre de régions. La question est d’ordre politique par excellence, elle pose le problème de l’articulation entre la région et le pouvoir central. La régionalisation constitue de véritables enjeux et pose de grands défis.

VI – La régionalisation : défis, enjeux et exigence 

La régionalisation constitue à la fois un défi et un enjeu de taille pour l’avenir du pays notamment dans cette phase critique de l’histoire du pays. Elle constitue une exigence même.

1 – Les défis 

En dépit de l’amélioration générale du niveau et des conditions de vie depuis l’indépendance, la question régionale s’exprime, à des nuances près, par quatre défis au moins (Belhedi A, 1996, 1999) :

a- Permanence de la carte

La permanence de la carte des niveaux de développement atteints par les divers gouvernorats et régions à des nuances près (Belhedi A, 1996, 1999, 2012). La position des différents gouvernorats a peu changé en un demi-siècle, ce qui pose problème malgré l’amélioration générale observée à tous les niveaux : niveau et conditions de vie, habitat, infrastructures de bas, équipement, chômage…

b- La concentration et le la contraction de l’espace dynamique

L’évolution de la Tunisie indépendante montre la mise en place d’un nouveau clivage Est-Ouest avec concentration littorale.

La forte concentration des richesses sur la frange littorale est manifeste à tous les niveaux, en dépit des efforts de déconcentration et de diffusion du parc productif notamment industriel et tertiaire et les divers programmes mis en place : 75% de la valeur ajoutée, 95% de l’économie industriel et touristique, 68% de la population, 80% du parc Internet, les technopoles, le trafic aérien,… Les divers programmes mis en œuvre depuis les années 1970 (PDR, PDRI, PDUI, PRD, FONAPRA,…) ont certes amélioré le sort des zones défavorisées mais leur concentration est manifeste au niveau du littoral et des grandes villes (Belhedi A, 2010, 2011, 2012 ; MDE 1996).

La vie de circulation est focalisée sur le littoral et articulée sur la Capitale. Tous les réseaux ont pour base Tunis et le littoral (réseau routier, réseau ferroviaire, aéroports, ports…). L’essentiel du parc s’y localise et une bonne partie des flux en part ou y aboutit. A ce niveau, on peut dire que la Tunisie de demain est déjà tracée le long de ces axes et de ces nœuds de la mobilité.

La marginalisation des espaces périphériques est manifeste : la zone 5 composée par les gouvernorats frontaliers (de Jendouba à Tataouine) n’a attiré que 3% des investissements alors qu’elle représente l’essentiel du territoire. La décentralisation a beaucoup plus profité à la zone 3 qui a bénéficié à la fois de la proximité des centres urbains et du marché et des avantages accordés ? (Belhedi A 2012, Hayder A 2006). L’espace frontalier pose problème : c’est un espace de refuge, de fuite, de sécurité où la fermeture a été de règle. L’espoir suscité par la construction maghrébine n’a pas été à la hauteur de l’ouverture sur l’Europe en particulier et la façade maritime en général ?

L’espace dynamique tunisien s’est élargi au long des années 1970 (tourisme, irrigation, industrie exportatrice, décentralisation industrielle, tourisme…). Cet espace s’est rétréci depuis les années 1980 au profit d’un espace plus circonscrit sous forme du triangle dynamique Bizerte-Kélibia-Mahdia (Dlala H, 2007) qui représente plus de 70% de l’investissement. En dehors de ce triangle, plus de grands projets, le pôle chimique n’est plus polarisateur tandis que Sfax se maintient dans un équilibre fragile. Dans ce triangle il faut noter l’affinage fonctionnel de la Capitale avec des bassins d’emploi au niveau du NE et du Sahel.

c- Le déséquilibre des systèmes urbains

            Le caractère général des systèmes urbain est le déséquilibre et le non achèvement tant au niveau national que régional. Le système urbain national présente une carence manifeste des villes moyennes, une forte centralisation dans la capitale et le gonflement des petits centres souvent peu équipés.

Le déséquilibre des systèmes urbains régionaux est général à part celui de la capitale : l’absence d’un centre régional, l’absence de certains niveaux, la macrocéphalie du système urbain (Tunis, Sfax, Kairouan), la faiblesse des villes moyennes (Kairouanais…) ou l’absence des petites villes (Kasserine)…

            La régionalisation passe inéluctablement par la présence de systèmes urbains étoffés et hiérarchisés qui assurent l’encadrement territorial à travers les services que fournit la capitale régionale et ses relais (les centres régionaux ou locaux).

d- La déficience de la gouvernance régionale

L’absence de la région et la non représentativité des conseils régionaux favorisent l’intervention du pouvoir central et l’instauration d’un rapport vertical avec le centre et bloquent la création de véritables territorialités.

Les PRD constituent 5% de l’investissement global et 11% de l’investissement public (MDE 1996), peut-on changer la donne régionale avec une telle proportion ? La zone ouest constitue 20 % de la population mais n’attire que 3% de l’industrie textile, l’activité industrielle la plus banale et la plus employante, ce qui exprime le blocage de la politique de déconcentration suivie jusqu’ici (Belhedi A 2012, Hayder A 2006).

2 – Les enjeux

Les enjeux pour le pays sont de taille et l’avenir de la Tunisie se trouverait hypothéqué si on ne fait rien en cette période de transition. Il s’agit de passer d’un mode de régulation à celui de la recomposition territoriale, une géogouvernance où la région devient le lieu de l’exercice du pouvoir et de la démocratie. Pour cela, la démarche est à revisiter.

a- Une démarche à revoir totalement

Il s’agit d’inverser totalement la démarche qui a été suivie jusque là à travers les processus suivants :

Développer l’économie de connexité et de proximité : il s’agit de mettre en place des filières régionales, des réseaux urbains étoffés pour intégrer les différentes parties des régions au foyer et lier les régions entre elles. Il s’agit aussi de favoriser l’économie de proximité permettant d’instaurer une solidarité avec les régions voisines rompant le lien ombilical avec la capitale ou les villes du littoral.

Rompre avec le découpage spatial en damier actuel et le clivage littoral-intérieur en articulant les deux types d’espaces dans les mêmes régions. Un tel découpage serait encore plus dangereux si on ne fait rien pour les villes intérieures pour constituer de véritables centres polarisateurs et des métropoles régionales, elles se transformeraient ainsi en de véritables arrières pays des centres littoraux sans aucune chance de relève. La situation serait plus dramatique. Cette action est à relier au développement de systèmes urbains équilibrés et bien répartis sur l’ensemble de la région. C’est une nouvelle configuration territoriale qu’il convient d’instaurer.

La décentralisation constitue la seule garantie d’un développement régional efficace et opératoire permettant un développement ascendant « Bottom-Up » et non « Top-Down », qui émane des collectivités territoriales qui le prennent en charge selon un processus participatif assurant la gouvernance territoriale. Ne pas confondre la décentralisation (déplacer le centre de décision) et la déconcentration (limiter la concentration) qui doivent aller de pair ! Sur ce plan, les enjeux sont énormes. La géogouvernance l’emporterait sur le découpage spatial vertical de l’encadrement, du contrôle partisan et/ou sécuritaire.

b- Une structure spatiale durable

Il s’agit de doter le pays d’une structure territoriale durable : économiquement efficiente, socialement viable et écologiquement vivable ; respectueuse des ressources, valorisant les potentialités et les compétences territoriales, souple et anticipatrice capable de répondre aux besoins des générations futures et de s’adapter à la conjoncture spatiale sans grands dégâts. Cette durabilité s’appuie sur les piliers suivants :

L’équilibre territorial entre les différentes régions passe par l’équité inter-régionale, au nom de la citoyenneté, l’égalité des individus ne passe-t-elle pas par celle des régions ? Sur un autre plan, l’équilibre est partout source de stabilité, de bien-être et non vulnérabilité territoriale. Une économie concentrée spatialement est toujours préjudiciable à la sécurité même du pays, de là vient la dimension stratégique de la région dont la création et  structuration ne peuvent profiter qu’au pouvoir central même et consolider le pays.

Un cadre de vie vivable dans toutes les régions, permettant de capable de tisser des rapports positifs avec la région, ce qui encourage l’ancrage régional des acteurs (entreprise, banque …), favorise l’attractivité des régions actuellement peu nanties.

Favoriser la spécificité au niveau local parallèlement à la diversité et la complémentarité au niveau régional pour pouvoir articuler les échelles spatiales et créer de véritables économies régionales.

c- Créer la région

Il s’agit de créer des institutions viables et efficaces, capables d’anticipation et adaptées aux problèmes posés :

Créer la région et ses institutions et lui donner les moyens d’intervenir au niveau institutionnel, financier, études et anticipation. Une région est avant tout un pouvoir de décision territoriale qu’il faudrait définir, préciser et lui assurer les moyens appropriés.

Permettre aux collectivités de se prendre en charge à travers les conseils régionaux élus démocratiquement et les doter des moyens d’action au niveau institutionnel, financier et foncier.

Revisiter la fiscalité locale pour doter les communautés territoriales de moyens adéquats sur la base de la solidarité territoriales tout en incitant les dynamiques régionales (industrie, tourisme…) à travers une péréquation territoriale en favorisant la solidarité territoriale par le biais des mécanismes de transfert spatial des régions riches vers celles moins pourvues.

            Seule la région est capable de constituer une assise territoriale pour le développement territorial relativement équilibré et équitable dans la mesure où le pays n’est pas totalement communalisé et dans la plupart du pays le semi urbain est faible pour constituer une base alternative de développement territorial. En outre, La plupart des projets structurants ont une aire d’impact dépasse l’aire d’un gouvernorat (barrages, pôle industriel, station touristique, autoroute, plan d’eau, université…). La plupart des pays démocratique ont quatre niveau de collectivités et de représentation territoriales (Commune, Canton, Département, Région en France…).

d- Une loi d’orientation générale pour l’aménagement et le développement territorial

Il est impératif de doter le pays d’une loi d’orientation générale qui fixe les principes généraux, les choix stratégiques et d’intérêt général en matière d’aménagement et de développement territorial :

Favoriser la solidarité territoriale tout en incitant la compétitivité inter-régionale et en profitant des incitations internationales.

Etablir une feuille de route pour réduire les inégalités et les déséquilibres sans casser la dynamique des espaces en forte croissance selon une grille progessive. On pourrait penser par exemple réduire l’es inégalités de moitié dans une période à fixer à l’instar des objectifs du millénaire et de l’agenda 21.

Préserver les ressources et le patrimoine dans une optique de durabilité : agriculture, industrie, tourisme, espace, paysages, culture….

L’équilibre territorial n’existe qu’à travers l’équilibre des pouvoirs, il s’agit de procéder à une redistribution des compétences, des moyens et des tâches entre les différents niveaux, institutions et acteurs. La démocratie locale n’existe pas sans ce partage du pouvoir et la décentralisation n’a pas de sens sans une nouvelle négociation des pouvoirs (central, régional, local).

            Elaborer un nouveau Code d’aménagement territorial qui tiendrait compte de l’évolution de la société tunisienne, de l’émergence du niveau local et de la démocratie locale à instaurer.

Elaborer un nouveau Schéma d’aménagement du territoire national et régional qui définirait les régions à instituer et qui prendrait en compte les nouvelles orientations de la Tunisie.

 3 – La régionalisation comme une exigence

            A plus d’un titre, la régionalisation apparaît comme une exigence géo-stratégique incontournable et ce pour plusieurs raisons :

a- La Tunisie à la croisée des chemins

            On estime que l’action régionale est une tâche très lourde tant au niveau des moyens engagés que des mentalités à bousculer. Elle n’est possible qu’à une certaine étape, lorsque le pays se trouve à une situation intermédiaire et de transition (démographique, urbaine, migratoire, sanitaire…).

La Tunisie se trouve à ce niveau intermédiaire depuis les années 1980 (revenu moyen, urbanisation dépassant 69%, scolarisation élevée, emploi industriel important, taux de diplômés élevé, mobilité forte). Avant cette étape, les moyens manquent, après ce n’est plus possible, c’est trop tard.

            En plus, la Révolution de 2011 offre au pays l’occasion d’or pour pouvoir revoir et revisiter les chois adoptés jusqu’ici malgré le risque que présente la situation actuelle du pays, beaucoup plus qu’avant dans tous les cas ne serait ce que qu’au niveau des mentalités et des prédispositions. Mais le temps presse aussi. Plus on tarde à intervenir, plus l’action devient difficile et risque de devenir inacceptable. Il est vrai que la situation actuelle du pays ne se prête pas à un autre brouillage additionnel mais la régionalisation ça se prépare, demande du temps et il est temps de s’y mettre dès que la situation se précise et que la constitution soit en place. 

b- La région comme relais de pouvoir

            La régionalisation permet au pouvoir central d’être relayé au niveau régional pour l’efficience même de son autorité et son fonctionnement. Plus les mailles du pouvoir sont réduites en nombre et de portée spatiale élevée et plus la quadrillage spatial est efficace.

c- La région comme assise spatiale des projets structurants

            La plupart des projets structurants en matière de développement et d’aménagement ont une portée spatiale qui dépasse l’étendue (superficie) et la taille (population) d’un gouvernorat. C’est le cas des barrages des autoroutes, des technopoles, des plateformes logistiques, des pôles universitaires ou sanitaires, des stations touristiques…Tous ces projets ont une portée spatiale régionale indiscutable. En outre, l’agglomération tunisoise est composée de 4 gouvernorats et la plupart des grands projets concernent l’ensemble de la capitale, voir plus touchant les gouvernorats limitrophes de Bizerte, Beja, Zaghouan ou Nabeul.

e- L’armature et le système urbains

            Toute régionalisation s’articule autour de réseaux[15] et de systèmes urbains étoffés et hiérarchisés dont l’aire spatiale dépasse toujours l’échelle du gouvernorat. Le seul réseau urbain qui existe en Tunisie se trouve autour de la Capitale et englobe une partie des gouvernorats limitrophes de Bizerte jusqu’au cap Bon en passant par Zaghouan, voire une partie du gouvernorat de Béja. Le second système urbain assez étoffé concerne le Sahel et intéresse trois gouvernorats ?

            Les métropoles régionales doivent être dotées de la plupart des services régionaux dont la région en a besoin. Seuls les services de niveau national leur échappent. Elles constituent les noyaux de base de l’armature urbaine nationale. En Tunisie, même Sfax et Sousse n’ont pas encore atteint le stade de la métropole régionale complète, des services régionaux leur manquent toujours et la population ou les entreprises ont souvent recours à la Capitale (Belhedi A, 1992, 2003). 

f- La régionalisation vs la communalisation territoriale

            La Tunisie n’est pas totalement communalisée, les communes couvrent près de 5% du territoire pour plus de 80% du PIB et 70% de la population. L’essentiel du territoire reste rural, relève du gouverneur, c’est-à-dire du pouvoir central. Certains voient dans la commune une alternative à la régionalisation mais dans le cas où les espaces communalisés ne constituent que 5%, toute mise sur la commune renforcerait le pouvoir central et favoriserait le littoral. Dans les régions intérieures, les villes sont petites de taille, faibles économiquement et peu nombreuses. Dans le cas d’une totale communalisation en l’absence d’un niveau régional, toute politique favoriserait les grands centres.

e- La dimension stratégique de la régionalisation

            Dans une perspective stratégique, la régionalisation est seule à pouvoir doter le pays d’une structure spatiale durable : viable, efficace et équilibrée ; indépendamment de la conjoncture géographique et des choix opérés. Une structure, au service d’un développement territorial durable, qui limite les déséquilibres régionaux et s’adapte facilement aux changements politico-économiques qui peuvent s’opérer au niveau de la région (Maghreb, Méditerranée, Europe, monde arabe…) et du système-monde (mondialisation, émergence de la Chine ou recul de l’Europe…). La présence d’espaces faibles dans un pays constitue un handicap même dans les relations bilatérales avec les pays voisins et peut infléchir la politique dans un sens ou dans un autre. Les espaces frontaliers en Tunisie constituent un exemple concret de cette faiblesse notamment avec la Libye. De l’affaire de Gafsa en 1980 aux évènements de Ben Guerdène depuis 2010, les exemples sont nombreux.

Conclusion 

            L’analyse et l’expérience montrent que la région est une nécessité qu’il convient de créer, sa création ne peut être dissociée du problème du pouvoir institutionnel et des moyens financiers qui constituent l’élément central de la question régionale. Il s’agit de doter la région d’un conseil régional élu, tandis que l’aménagement doit être intégré au développement régional.

En l’absence d’un contre-pouvoir régional, le processus de développement contribue inéluctablement à renforcer davantage le pouvoir central. Le désengagement croissant de l’Etat, devant la mondialisation rampante, a ouvert le terrain aux ONG à travers développement local qui lui sert aussi d’un terrain de récupération.

 En fait, on se trouve dans un cercle vicieux dont la rupture ne peut s’opérer que par une démocratisation de la vie socio-politique et la décentralisation, c’est à dire un acte politique où la région devient un maillon de la démocratie, un contre-pouvoir de régulation, un terrain de la citoyenneté, une autre territorialité qu’il convient de créer.

            La question de la régionalisation pose le paradoxe Etat-région (Belhedi A 1992, 2011) dont le dénouement est lié à la nature de la société escomptée. La primauté du pouvoir central a dé-régionalisé le territoire jusqu’ici, au point où la régionalisation est devenue de nos jours une revendication de première importance, mais la régionalisation ne passe que par l’Etat ?

            L’extraversion croissante marginalise les régions excentriques et débouche sur une crise, la littoralisation en a été la conséquence inéluctable et l’accusation des écarts a été incontournable. Toute la question est de trouver le déséquilibre acceptable qui nécessite un large consensus et exige l’intervention de l’Etat mais encore faut-il que l’Etat lui-même soit représentatif et autonome des intérêts partisans ou extérieurs ?

Références 

Belhedi A – 1982 : Du problème régional. Contribution pour mesurer et réduire l’inégal développement: Première approche et application à la Tunisie. Revue Tunisienne de Géographie n° 9, pp : 9-42.
Belhedi A – 1989 : Le découpage administratif en Tunisie. Revue de Géographie du Maroc. Vol 13, 2, pp.3-25.
Belhedi A – 1992 : Socié, espace et développement en Tunisie. PUT, FSHS
Belhedi A – 1992 : L’organisation spatiale de la Tunisie. PUT, FSHS
Belhedi A – 1992 : L’aménagement du territoire en Tunisie. PUT, FSHS, 267 p.
Belhedi A – 1996 : Développement régional, rural, local. Cahiers du CERES, Série Céographique, 17, 351p.
Belhedi A – 1999 : Les disparités spatiales en Tunisie. M’état des lieux et les enjeux. Méditerranée, 1-2, p. 63-72.
Belhedi A – 1999 : La mondialisation et les régions périphériques. Intégration ou désintégration ? Le cas de la Tunisie. In « Les espaces périphériques au Maroc et au Maghreb à l’heure de la mondialisation » actes du Colloque, 29-30 octobre 1999, Rabat (Maroc).
Belhedi A – 1999 : Quelle régionalisation pour la Tunisie ? Stéminaire International «Autonomie locale et régionalisation en Méditerranée»_. Conseil de l’Europe, 2-3 Décembre 1999, Tour Hassen II, Rabat (Maroc).
Belhedi A – 2000 : La mondialisation et les régions périphériques, intégration ou désintégration ? Le cas de la Tunisie. Pp : 109-132 in « Les espaces périphériques au Maroc et au Maghreb à l’heure de la mondialisation ». Berriane M et Signoles P (édit), Université Med V-Agdal, FLSH-Rabat, série Colloques & séminaires, 88.
Belhedi A – 2001 : «Quelle régionalisation pour la Tunisie? Communication au séminaire international, Rabat, 2-3 décembre 1999, pp : 197-206  dans l’ouvrage :  Conseil de l’Europe – 2001 : Autonomie locale et régionalisation en Méditerranée. Editions du Conseil de l’Europe. Actes, Etudes & Travaux n° 67, 246p.
Belhedi A – 2003 : Le système urbain tunisien. Analyse démo-fonctionnelle sur la base de la loi rang-taille. Cybergeo.
Belhedi A. – 2005 : Dynamique économique régionale. Traits et tendances récentes. Analyse structurelle-résiduelle.  Cybergeo, n° 310, 09/05/2005. http://193.55.107.45/articles/310.pdf
Belhedi A – 2006 : Territoires, appartenance et identification. Quelques réflexions à partir du cas tunisien. L’Espace Géographique. 2996, 4, pp : 310-316.
Belhedi A – 2007 : Le rayonnement spatial des villes tunisiennes à travers la diffusion des entreprises multi-établissements pour l’innovation. Cybergeo, Revue Européenne de Géographie, 2007, 372, 16/04/2007, 30p    http://193.55.107.45/articles/372.pdf
Belhedi A – 2011 : Le développement régional. Approches géographiques. Journées Géographiques de l’AGT, 19 mars 2011, FSHS, Tunis
Belhedi A – 2011 : Décentralisation, aménagement du territoire et démocratie locale en Tunisie. Défis et enjeux. Colloque International « La décentralisation et la démocratie locale en Tunisie : Enjeux et perspectives ». Ministère de l’Intérieur, CFAD, Hôtel Diarelmadina, Hammamet 30 juin, 01 et 02 juillet 2011
Belhedi A – 2012 : Le mouvement moderniste tunisien et la question spatiale. Tunisie 2040, Acmaco-Cemaref
Belhedi A – 2012 : La fracture territoriale. Dimension spatiale de la révolution tunisienne. Waissti Editions, coll. Ibraz. 151 p.
Belhedi  A,  Lamine  R  –  1979 :  Les  transports  terrestres  et  l’organisation  de  l’espace  en Tunisie. Géographie & Développement, n° 1, pp : 7-45.
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Despois  J – 1960 : La Tunisie. Ses régions ; 1960. A Colin.
Di Méo G – 1991 : L’homme, la société, l’espace. Anthropos, coll. Géographie.
Dlala H – 2007Métropolisation et recomposition territoriale du Nord-Est tunisien. Cybergeo, article 410
Hayder A – 2006 : Les dynamiques régionales en Tunisie : de la régionalisation à la métropolisation. Revue Tunisienne de Géographie, n 37.
Hérin 1984 : Le développement régional.
Lévy J et Lussault M – 2003 : Dictionnaire de géographie et de l’espace des sociétés. Belin
Lussault M – 2002 : L’action spatiale en géographie urbaine. Conférence à l’ENS-LSH, 14 février 2002. CR Yann Calbérac.
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Sethom H et Kassab A – 1981 : Les régions géographiques de la Tunisie. FLSH, Tunis, 460 p.


[1] Cette citation, écrite il y a plus de 30 ans (1982), est toujours de vigueur. Cf. Belhedi A, 1982 : Du problème régional. Revue Tunisienne de Géographie, n 9, pp : 9-42, FLSH, Tunis.
[2] Dans les deux sens du terme : infranational et supranational (pour constituer de grands ensembles comme l’Union Européenne).
[3] Si on exclut les échelles de proximité et de voisinage.
[4] Le premier adopte un plan Nord-Sud (le Tell, les Steppes et le Sahel, le Sud) tandis que le second adopte un découpage en U en commençant par le Tell du NO vers le Sud pour remonter ensuite par le littoral en terminant par la Capitale. Le clivage Est-ouest devient prééminent même si la trame longitudinale reste vivace.
[5] Le réseau urbain nécessite une hiérarchie des centres urbains assurant l’encadrement territorial des services, une capitale régionale, des rapports fonctionnels
[6] C’est le secteur privé qui marque davantage l’espace (banque, assurance, commerce rare, services de haut niveau…) mais le secteur public y contribue fortement directement par le découpage administratif et technique des différents services (cf. infra) ou indirectement (investissement, présence d’équipements régionaux…).
[7] Les 11 gouvernorats ne sont souvent que le résultat de la partition d’unités plus grandes ; le Sahel et la Tunisie médiane en 1974, le Sud au début des années 1980 et Tunis depuis. Le souci est plutôt l’encadrement serré ou la sécurité.
[8] C’est juste la première année qu’on a utilisé les termes de gouvernorat du Jerid et du Cap Bon avant de supprimer le premier (Jerid + Nefzaoua) et de normaliser celui du Cap Bon pour le rattacher à Nabeul.
[9] On peut citer à ce titre les plans régionaux de développement élaborés par le CGDR, 1986 ; le SNAT de 1985 ; les SDA régionaux…
[10] Qui sont Tunis, le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Centre Est, le Centre-Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Le SNAT de 1985 regroupe le Sud et Tunis avec le reste du NE. Le CGDR consacre au Sud un seul Plan Régional de Développement auquel nous avons participé avec ceux du NO et du CO.
[11] La crise du milieu des années 1980 et l’adoption du Programme d’Ajustement Structurel (PAS) l’ont rendu totalement hors du temps.
[12] Respectivement Programme du Développement Rural lancé en 1973, Programme de Développement Rural Intégré, depuis 1984, Programmes Régionaux de Développement depuis 1987.
[13] Office du Développement du Sud, Office du Développement du Centre Ouest, Office de Développement de Sylviculture et de pâturage du Nord Ouest.
[14] Au niveau de l’économie urbaine, nous avons trouvé que le rapport entre la taille d’un centre urbain et celle de la population qu’il dessert est en moyenne de 3. Ce rapport correspond en fait à l’aire d’influence des services publics essentiellement (Belhedi A 1992, 2011).
[15] Un réseau urbain est un système urbain de niveau régional, complet et hiérarchisé avec une capitale régionale qui assure l’encadrement territorial à travers les services de niveau régional. 

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A propos amorbelhedi

Professeur à l'Université de Tunis
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